Rencontre avec Ghislain de Mauroy, Directeur financier d’Auchan

Dans le cadre des Chaires d’Entreprise, les étudiants de MADE iN Sainte-Marie Lyon ont pu s’entretenir avec M. Ghislain de Mauroy, Directeur Financier du groupe Auchan en France. Cet évènement a été l’occasion de se familiariser avec la culture d’entreprise et les enjeux auxquels sont confrontés le groupe.

Le groupe Auchan

L’année 1961 marque l’ouverture du groupe dans le quartier des Hauts-champs. Depuis, 50 ans de croissance et d’innovations ont fait grandir cette entreprise non cotée. Le groupe Auchan affirme son identité en prônant des valeurs internes et externes comme la confiance – partage – progrès, toujours gardant l’Homme au centre des préoccupations.

Pour le groupe, la satisfaction de ses clients repose sur la qualité des équipes : accompagnement, compétences, promotion interne, diversité, formations sont les exemples d’un groupe qui a su gérer une présence internationale et l’individualité de ses salariés.

Quelle est la journée type d’un directeur financier ?

Le service de comptabilité est très grand, il est donc important pour moi d’être en contact avec les dirigeants et managers de cette section. Quand je traverse les CSP, je m’arrête sur tout le monde, je ne néglige aucun travailleur, même par un simple regard ou poignée de mains. Nous consolidons ensuite les résultats avec la trésorerie, la fiscalité, l’assurance et l’audit. Une journée type : dossiers, sujets, réunions, mon agenda est toujours rempli. Il y a beaucoup de relationnel à entretenir, et j’essaye de diversifier les lieux de rendez-vous. On vit pour l’entreprise, et certaines réunions sont parfois imprévues : le meilleurs moyen de s’aérer l’esprit est d’avoir une bonne équipe pour pouvoir déléguer.

Comment faites-vous pour répondre à la satisfaction de chaque employé ?

Il y a d’abord l’écoute, avec un questionnaire réalisé anonymement, par une entreprise extérieure. Les questions orientent le regard vers ce qui ne va pas : le meilleur moyen d’avancer est de regarder ce qui est à changer. 86% sont satisfaits mais notre optique est de faire monter ce chiffre en permanence. Il y a des rituels : se parler, se réunir, un manager réalise des briefs assez réguliers. Cela donne l’occasion de dire un certains nombre de choses. Une panoplie de critères sont amenés pour pouvoir voir des solutions ensemble.

Comment faire face à la pression, aux « burn-out » souvent liés au domaine de la grande distribution ?

Rien n’est acquis du jours au lendemain. Le rituel quotidien amène aux salariés une stabilité. Mais les jours ne se ressemblent pas forcément, il peut y avoir des perturbations selon la période de l’année, la fréquentation des magasins. Il faut pouvoir anticiper pour ne pas se sentir dépassé. La dynamique de la nature du commerce implique que l’on puisse être tendu en permanence. Concernant le « burn-out », on le trouve malheureusement partout, c’est un élément réel de la vie en entreprise. C’est le rôle du manager de prendre en charge ses équipes, identifier les personnes à risque et agir à temps pour prévenir le mal-être.

Qu’est-ce qui différencie Auchan d’autres grands groupes d’hyper et super marchés ?

Famille Fournier, Mulliez, Leclerc, tout le monde cherche à savoir qui a inventé la grande distribution. La différence peut se faire au niveau de l’actionnariat, à comparer par exemple avec U, InterMarché, Leclerc, qui appartiennent à des propriétaires différents : les indépendants. Les types d’entreprises cataloguent déjà leur comportement. Auchan veille également à fréquemment effectuer des bilans auprès de ses salariés, vérifiés leur bien être au sein du groupe.
Au niveau du commerce, les produits sont déjà une source de différentiation. La profondeur de l’offre est également impactante : une plus large offre est appréciable, car elle répond au plus près du besoin du client. Nous veillons à augmenter l’offre ou à la rendre plus pertinente en fonction des retombées. Le non-alimentaire et très fort chez Carrefour et Auchan, moins chez Casino. Auchan est porteur d’offre en proposant le plus de choix, ce qui n’est pas sans inconvénient économique. Mais évidemment ces entreprises restent très comparables.

Qu’est-ce qui vous plaît chez Auchan ?

Considération de l’homme, l’enthousiasme, l’optimisme sont des éléments que l’on retrouve dans l’entreprise. Je me suis retrouvé dans la proximité de l’entreprise et j’ai acquis ce poste au fil des années.

Que pensez-vous de la loi de redistribution alimentaire auprès d’associations ou groupes d’aide ?

Aujourd’hui les lois doivent répondre à la collectivité, à la problématique du plus grand nombre. Chacun a un intérêt personnel, et réunis ils peuvent constituer une loi. Il faut évidemment lutter contre le gaspillage, les députés le savent, et la distribution donne. Plus de 21 M d’€ sont donnés par an, et ce qui part à la benne est également recyclable sous forme d’énergie. Ceux encore en marge sont les petits commerçants car la redistribution engage un coût : mettre les produits à un endroit bien précis pour que l’association puisse se servir, les mettre dans telle chambre froide, sans qu’il n’y ait de confrontation entre ce qui sort et rentre dans le magasin. Si ces règles ne sont pas respectées, le commerçant peut être verbalisé. Il y a du sens à réduire le gaspillage mais on ne peut répondre entièrement à une loi sans en connaître les conséquences.

Les sacs plastiques à utilisation unique vont être interdits en 2016, comment allez-vous réagir à cela ?

L’initiateur de cela est le groupe Leclerc. Nous avons gardé les sacs plastiques mais ils sont en vente, c’est au client de choisir d’acheter ou non un sac. Nous faisons cela dans l’optique de proposer un service au client qui n’aurait pas anticipé. Il faut donc trouver des solutions adaptées au client, qu’il puisse s’y retrouver. Dans le cas contraire ce serait un coût en terme de satisfaction et d’impact économique.

Où faites vous vos courses ?

Évidemment je cherche à être cohérent avec mon travail, mais de temps en temps je vais dans d’autres grandes surfaces : comparer, faire des achats, avoir moi-même une réflexion sur mon comportement d’achat.

 

Interview : Clara Passeron

Publication: novembre 30, 2015

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